L'actualité du Pays Basque dans l'objectif de Daniel Velez

S’il y a bien un objet que Daniel Velez ne peut pas oublier, c’est son appareil photo. Un album monographique retrace ses 45 ans de carrière de photojournalisme au Pays Basque. Il pose pour MEDIABASK son avis sur les thématiques qui ressortent de son livre. Rencontre.

Caroline MALCZUK|2017/04/12 10:50|0 iruzkin
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Dans son livre, Daniel Velez résume 45 ans de carrière en une soixantaine de clichés choisis. Ici, avec son fils et éditeur, Christian Velez. © Caroline MALCZUK

"Une photo, une histoire" est un album qui recueille une soixantaine de clichés du photojournaliste Daniel Velez. Après être passé par le laboratoire photo de L’Équipe, il a usé son objectif pour Sud-Ouest, les agences AFP et Gamma. Le principe de ce livre monographique : une photo et, en face, son histoire racontée par l’auteur en personne. À travers ces notes, Daniel Velez évoque son métier, la tradition, la célébrité, l’histoire, la politique. Avec comme fil conducteur, ce lieu sur lequel il a toujours posé son regard, le Pays Basque.

Photojournalisme. Dans son livre, Daniel Velez explique que, pour lui, "la photo de presse, c’est 80% de chance et 20% de métier". Cette petite partie, il l’attribue à l’expérience, au suivi et au savoir-faire. Mais c’est bien la chance qui se trouve derrière certains clichés de son album. Il prend l’exemple de cette photo où le lecteur est pris en joue par un policier espagnol. C’était en 1976, dans le col de Velate, lors de l’Aberri Eguna après la mort de Franco. "S’il ne se retourne pas, la photo ne vaut rien." Son regard sur le photojournalisme actuel ? Il pointe les difficultés de ses confrères à faire leur métier. Du fait de la concurrence. "Il y a beaucoup plus de photographes maintenant. Il leur faut donc un peu plus de métier. Il faut une photo qui fasse la différence." Là où dans les années 1970, ils n'étaient que deux à trois photographes à couvrir tout le Pays Basque.

Traditions. Dans plusieurs commentaires, comme celui du tue-cochon ou de l’homme qui tresse des semelles d’espadrille à la main, on peut apercevoir une pointe de nostalgie. Comme un regret que certaines traditions basques aient disparu. Mais quand la question est posée à l’auteur, c’est une homme qui s’est adapté à l’évolution du monde et qui fait avec son époque qui répond. "Je n’ai pas trop de nostalgie. Maintenant, on fait des choses qui, dans 50 ans, auront disparu. Quand des choses disparaissent, des choses se renouvellent" confie-t-il avec non pas un vieil argentique à la main mais un appareil numérique. "Un mauvais photographe en argentique sera mauvais en numérique. Ce n’est pas le matériel qui compte mais l’oeil." Il se rappelle de l'époque où il fallait développer les coupures. Un temps que le numérique a balayé. "C’est différent et c’est tant mieux !"

Personnalités. Daniel Velez a croisé la route de nombreuses personnalités qui ont payé au Pays Basque une visite. Johnny Halliday, Frank Sinatra, Ernest Hemingway, Mohammed V, Jean-Paul Belmondo ont tous été captés par l’objectif du photographe. Des rencontres souvent programmées, parfois fortuites. Mais la célébrité qui a marqué le plus le photographe ne se trouve pas dans son bouquin : Elizabeth Taylor. Le chauffeur de l’actrice britanno-américaine, "toujours le même", était originaire de Boucau. "Un jour, son fils de 18 ans est décédé dans un accident", se souvient Daniel Velez. "Liz Taylor a affrété un avion. Elle a transporté le corps ici pour qu’il soit enterré dans le caveau familial." Une grande dame, cette Elizabeth Taylor. Et cela n’a pas échappé à l’oeil de notre photographe. Même si ce jour-là, il n’avait pas son objet de travail avec lui.

Désarmement. Lors de la conférence de presse clandestine des membres du commando d'ETA, à Talence, en 1973, après avoir perpétré un attentat ; le soir où deux tueurs du GAL ont assassiné quatre personnes à l’Hôtel Monbar, Daniel Velez était là. Encore une fois, ses clichés peuvent en attester. Alors qu’il a assisté à des moments sombres du conflit armé ETA, il ne pouvait qu’accueillir positivement l’initiative de membres de la société civile de désarmer totalement l’organisation. "Cela ne peut pas laisser indifférent, tout ce qui va dans le sens de la paix" souligne-t-il. Mais ce qui le taraude le plus par rapport au déroulé de cette journée du 8 avril, c’est de savoir "est-ce qu’il va y avoir un photojournaliste" lors du changement de main des armes. Ce serait une chance qu'un des témoins soit armé d’un appareil photo et éternise ce qui sera un moment historique.

Politique. En feuilletant l’album, on tombe sur une photo des abertzale d’EH Bai donnant une conférence de presse au fronton du quartier de Larrepunte, à Biarritz. Ils y présentaient leur programme des élections municipales de 2014 auxquelles ils s’étaient présentés. "En politique, on est plutôt gâté ici sur ce plan-là avec des femmes et des hommes aux caractères bien affirmés" est pointé dans la légende. Les partis abertzale sont une particularité du Pays Basque. Daniel Velez ne peut s’empêcher de noter que cela a bougé pour eux depuis son cliché. Maintenant, "il y a un maire abertzale". Une réalité bien récente car elle n’existe pas "en noir et blanc" dans ses archives.

Jeunesse. En dernière page, on voit un enfant déployer à Itxassou l’Ikurrina, le drapeau basque, lors de l’Abberi Eguna. Un message pour les futures générations ? Surtout un choix de l’éditeur, un de ses fils, Christian Velez. "Je trouvais pas mal de terminer le livre par quelque chose qui ne clôture pas le livre. J’aime bien les belles fins. Elle est symbole d’espoir, d’avenir mais sans revendications." Et Daniel Velez n’est pas quelqu'un de revendicatif. Bien qu'il soit né ici. "J’y ai vécu 99% de ma vie, je ne parle basque mais mes photos parlent basque je pense." A photo de fin, phrase de fin.

*Le livre sera présenté en avant-première, les dimanche 16 et lundi 17 avril, au Biltzar de Sare. Prix de l'album : 35€. Aux éditions Zortziko. L'achat de l'album est aussi possible en ligne.