Sortir l'emploi transfrontalier de sa niche

L'Eurorégion Nouvelle-Aquitaine-Euskadi-Navarre se lance dans un nouveau projet transfrontalier. Nom de code Empleo AE. But de cette mission : donner un coup de pouce à l'emploi transfrontalier. 

Virginie Bhat|2017/03/15 08:15|0 iruzkin
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Andde Sainte-Marie, Izaskun Goñi et Mikel Antón ont présenté le projet eurorégional Empleo AE. ©Virginie Bhat

Si l’emploi transfrontalier est déjà une réalité pour certains habitants du Pays Basque nord et sud, il reste encore confidentiel au regard d’autres régions transfrontalières. "Ainsi, 160 000 travailleurs de la région Grand est franchissent quotidiennement la frontière pour aller en Belgique, Allemagne ou Suisse. Moins de 5 000 le font entre les Etats français et espagnol, entre le Pays Basque Nord, la Communauté autonome basque (Cab) et la Navarre", pointe du doigt Andde Sainte-Marie, conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine, responsable de la montagne.

C’est pour renverser la vapeur que la nouvelle Eurorégion Aquitaine-Euskadi-Navarre a présenté son nouveau bébé au palais des congrès Ficoba d’Irun en présence de représentants des trois territoires : Mikel Antón, directeur des Affaires européennes du Gouvernement basque, Izaskun Goñi, directrice générale de politique économique, commerciale et de travail du Gouvernement de Navarre, et Andde Sainte-Marie, conseiller régional, responsable de la montagne et de l’élevage des brebis de Nouvelle-Aquitaine.

Le projet Empleo AE, doté d’un budget de 256 000 euros, financé à hauteur de 65% par l’Union européenne, a un objectif. Il veut fluidifier les relations entre la Nouvelle-Aquitaine, la Cab et la Navarre "tout en conservant les barrières physiques, linguistiques, fiscales et les compétences, et surtout afin de remédier à la méconnaissance des différentes réalités qui existent entre ces régions". Pas question donc de balayer les différences mais de les faire connaître aux uns et aux autres. L'Eurorégion n'en a pas les compétences mais elle peut inciter ceux qui les ont à s'y impliquer.

Diagnostic

A la clef de ce projet, réaliser une étude diagnostic sur l’état de l’emploi transfrontalier. Un travail qui n’a jamais encore été fait finalement même si l’Aquitaine et la Cab ont des relations depuis plus de trente ans.

Pour mener cette étude, une cinquantaine d’agents différents devrait s’y impliquer : des services publics d’emploi aux agences de développement, en passant par les syndicats, les patrons, les chambres de commerce, etc. Cette étude sera "une photographie de ce que représente aujourd’hui l’emploi transfrontalier et proposera des solutions aux problèmes tout en étudiant les changements à réaliser au niveau administratif pour simplifier et fluidifier les relations".

"Il nous faut des statistiques claires et fines qui seront la base pour formuler des préconisations réalistes à l’issue du projet Empleo AE. Afin que les différents acteurs s’en saisissent, chacun dans son domaine de compétence, pour mettre en oeuvre des politiques d’après-demain", rappelle Andde Sainte-Marie. Ce diagnostic sera réalisé d’ici les six prochains mois, un portail web d’information sur l’emploi transfrontalier verra le jour sur la toile, entre juin et juillet prochains.

Portail qui regroupera toutes les informations utiles, aussi bien pour les entreprises que les travailleurs et chômeurs, sur les opportunités et les droits et obligations du travail sur un autre territoire. "Le portail sera décliné dans les trois langues", ajoute Izaskun Goñi. Elle espère bien qu'Empleo AE participe aussi à la diminution du chômage en favorisant l'emploi transfrontalier. 

Bassin d'emploi

Enfin, l’Eurorégion diffusera les informations recueillies dans toutes les administrations des trois territoires afin qu'ils connaissent les normes à appliquer et qu'ils puissent conseiller les travailleurs et les entrepreneurs. Sans oublier l’ouverture de points d’information sur la question dans les services publics d’emploi ainsi qu’auprès de leurs organismes collaborateurs.

"Nous ne fonctionnons pas comme un bassin d’emploi en raison de fortes asymétries des compétences et fiscales et des cultures administratives différentes", constate le conseiller régional. Et pourtant, l’Eurorégion abrite un tissu industriel diversifié, avec des entreprises bien connues, des pôles industriels avec "d’importantes qualifications générales des travailleurs des régions, supérieures à la moyenne de l’Union européenne".

Les atouts pour que l’emploi transfrontalier se développe sont nombreux. Des domaines de complémentarités économiques existent entre les trois territoires : industrie automobile, sidérurgie ou métallurgie dans la Communauté autonome basque, l’aéronautique en Nouvelle-Aquitaine ou la chimie...

"Dans le périmètre de l’Eurorégion, nous avons les éléments économiques de base pour devenir une zone économique plus intégrée autour de quelques secteurs stratégiques déjà identifiés ainsi qu’un marché du travail lié qui élargira je pense les perspectives des trois régions.", explique Andde Sainte-Marie.

Empleo AE permettra "d'en finir avec cette idée que le transfrontalier est compliqué," relève Mikel Antón.