Cambo : des paysans foncièrement dépités

ELB et Lurzaindia ont dénoncé à Cambo la vente d’un terrain agricole à un prix trois fois plus élevé que sa valeur agricole.

Goizeder TABERNA|13/03/2017 08:10|0 comentarios
Guz_lurtzaindia_elb_bobedme103
ELB et Lurzaindia ont pointé du doigt d'autres cas de surévaluation du prix du foncier à Bidarray et à Larressore par les Domaines. © Bob EDME

Peut mieux faire. Un terrain agricole mis en vente à Cambo pour 88 500 euros a été réévalué à 16 000 euros par la Safer. L’élagage n’a pas convaincu les représentants du syndicat paysan ELB et de Lurzaindia qui considèrent que ce prix serait le triple de sa valeur agricole. Et pour cause : il faudrait quatre générations pour rentabiliser ces parcelles de 2 ha en activité agricole.

Pour attirer l’attention sur la spéculation dont font l’objet les terres agricoles, le 10 mars, les paysans ont voulu rappeler in situ que "le foncier est un outil de travail, pas un placement". Ils regrettent que la réévaluation du bien en question par France Domaines soit "totalement déconnectée de la valeur agricole du bien". La Safer, elle, doit se ranger derrière le prix de ce service de la direction générale des finances publiques.

"L’évolution du foncier n’est pas une science exacte", rétorque Eric Penacq, directeur de la Safer basco-béarnaise. En plus de la valeur agronomique du bien, les différentes entités font la moyenne des prix de vente de parcelles voisines dotées de caractéristiques similaires. "Le problème est que dans le secteur péri-urbain, nous avons peu de transactions de foncier agricole et souvent, ce sont de petites parcelles. Le mettre carré est donc élevé", explique-t-il.

Pour ces mêmes raisons, la différence d’appréciation entre la société de préemption qu’il représente et les Domaines serait moins grande en zone rurale qu’en zone péri-urbaine. Dans le cas présent, le propriétaire avait mis en vente ce bien au prix de 4 euros/m2. La Safer, elle, l’a estimé à 1 euro/m2 et les Domaines, à 1,6 euros/m2. La préemption a été réalisée mi-février, le propriétaire a six mois pour contester cette valeur.

Que les élus s'emparent du problème

"Si la préemption avec révision de prix peut être un outil efficace de lutte contre la spéculation sur le foncier agricole, elle devient une arme qui se retourne contre la préservation du foncier si les réévaluations de prix sont totalement déconnectées de la réalité agricole", ont critiqué les paysans, regrattant que la Safer suive systématiquement le prix indiqué par les Domaines.

Ils ont rappelé que ce dernier avait essayé de vendre les terres avec la maison en 2013, à un prix de 410 000 euros. Les syndicalistes l’en avaient empêché. Lassés de devoir batailler pour la préservation du foncier mais aussi contre l’action contraire d’organismes d'autorité publique, ils demandent à présent que les élus s’emparent du problème.

Ils sollicitent une large table ronde, sous l'égide de la Communauté d'agglomération Pays Basque, avec tous les acteurs du foncier. De la concertation ? Eric Penacq ne serait pas contre, "on ne peut qu’encourager". Il pense tout de même que la clés se trouve entre les mains des Domaines. Mais au Pays Basque, les paysans ont appris à s’attaquer aux côtes les plus escarpées en jouant groupés.