'Le 8 avril est notre date à tous'

Ce matin, lors du forum "Le désarmement au service du processus de paix" organisé par Bake Bidea, les "artisans de la paix" ont confirmé que le 8 avril sera la journée du désarmement d’ETA. Un désarmement total, vérifié, sans contrepartie politique mais avec des conditions techniques. Un premier pas indispensable vers la résolution du conflit.

Virginie Bhat|18/03/2017 19:45|0 commment
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Le 8 avril sera la journée du désarmement ont affirmé Michel Berhocoirigoin et Jean-René Etchegaray. Avec ou sans l'Etat français. © Isabelle MIQUELESTORENA

Depuis le 16 décembre dernier, les "artisans de la paix" n’ont pas chômé. Ils ont travaillé pour que le désarmement d’ETA soit une réalité inscrite dans le temps. Ce sera le 8 avril prochain. Ils l'ont répété au forum sur le désarmement organisé par Bake Bidea à Biarritz.

Le 8 avril sera donc la journée du désarmement total, vérifié, avec une participation massive des citoyens, des élus, des institutions plurielles, et avec le concours de la Commission internationale de vérification. "Le 8 avril est un enjeu capital, a exprimé Anaiz Funosas, présidente du mouvement civil pour la paix. Dans notre conviction, il faut que tous y contribuent, qu'on y amène notre petite pierre, qu'on y soit acteur que ce 8 avril soit réellement une étape collective pour pouvoir passer à une autre phase."

Dans ce dessein, ils pourront compter sur l’appui des acteurs politiques. "Le 8 avril est notre date. C'est notre date à tous. C'est la porte vers la paix et dans la reconnaissance des droits de chacun, des victimes d'abord… Mettons fin à cette situation qui veut que le Pays Basque serait le dernier théâtre de conflit de l'Europe occidentale. Il en va de notre responsabilité et en particulier de la préparation d'un avenir meilleur des générations futures. Trois générations sacrifiées ça suffit", a exprimé haut et fort Jean-René Etchegaray, président de la Communauté d’agglomération Pays Basque et maire de Bayonne.

Tous les élus n'étaient pas présents ce matin au forum. Il manquait notamment à l’appel la sénatrice socialiste Frédérique Espagnac et la députée Colette Capdevielle qui se trouvait au Stade de France pour un match de rugby. La troisième parlementaire socialiste Sylviane Alaux, elle, était au rendez-vous.

Le désarmement engagé d’ici le mois début du mois d’avril s’appuiera sur des principes fondamentaux. Tout d’abord, "il faut que le désarmement soit total, vérifié, sans contrepartie politique mais avec des conditions techniques, a réaffirmé Michel Berhocoirigoin devant un auditorium quasiment plein. Un désarmement en présence de vérificateurs.

Ensuite, second principe fondamental : sortir de ce dossier dans la logique gagnant-gagnant. Pas question de laisser la place à une logique où il y aurait un gagnant et un perdant. Enfin, la démarche devra être plurielle, partagée. Institutions, élus, et civils, chacun a un rôle à jouer. Un rôle qu'un autre acteur de la société ne pourrait pas jouer. Si l'un des acteurs venait à manquer, le processus irait droit dans le mur.

Un plan A, un plan B

Avec ou sans l’Etat français ? Les artisans de la paix ont planché sur les deux options. Les responsables du processus de désarmement d'ETA invitent le Gouvernement français à s'y impliquer mais à certaines conditions. Il s'agit de conditions techniques. D'une part, ils veulent savoir qui va récupérer les armes et que cela puisse être contrôlé et vérifié "qu'on ne puisse pas dire qu'une autre bande est venue les prendre", précise Michel Berhocoirigoin. D'autre part, ils exigent que les personnes qui détiennent des armes chez elles ne soient pas poursuivies par la justice.

Mais à ce jour, en dépit des contacts directs ou par canaux interposés avec les autorités, les "artisans de la paix" n’ont pas eu de réponse de Paris. Une question taraude les esprits : "Pourquoi l’Etat refuse-t-il de s'impliquer ? Le non désarmement le sert-il tellement ? Si c'est ça, s’il a besoin de ce non désarmement, c'est la preuve que nous nous avons besoin de ce désarmement et qu'il faut le faire."

Force donc est à la société civile de s’engager vers un plan B. "Nous n'attendrons pas que vous ouvriez les yeux, nous avons un avenir à construire", a affirmé Michel Tubiana, Président d’Honneur de la Ligue des Droits de l’Homme.

La seconde option est donc de poursuivre la démarche de façon unilatérale. Une démarche qui n'est pas écrite, dans laquelle le chemin se fait pas à pas. "Quand on fait un pas, on ne sait pas exactement quel sera le second. On a une boussole. Pas une carte routière", a commenté "l'artisan de la paix", Michel Berhocoirigoin.

Mais il l’assure : "Le 9 avril, ETA ne sera plus une organisation armée. Et ce rocher qui empêche d'avancer sur le chemin de la paix, sera mis de côté. Le chemin va se libérer et il faudra marcher pour aller vers les autres dossiers à traiter."

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